L'EHPAD de demain ne sera plus une simple structure de soins, mais une véritable architecture à vivre. À l’EHPAD Aliénor, le projet 2026-2030 marque une rupture avec le modèle de maison de retraite traditionnel pour privilégier une approche domiciliaire où le résident doit se sentir chez lui. Au cœur de cette révolution se trouve l'organisation en "maisonnée", un espace conçu pour favoriser le bien-être, l'autonomie et une vie sociale riche. La maisonnée, c’est en quelque sorte le quartier de village adapté aux grands seniors, lui-même intégré dans un nouveau quartier de vie coulongeois.
Une échelle humaine pour un accompagnement personnalisé
La maisonnée au sein du nouvel établissement est dimensionnée pour accueillir une trentaine de résidents aux profils variés et mêlant différents niveaux de dépendance (GIR). Loin des longs couloirs impersonnels, cet espace est pensé comme un "chez-soi" avec des espaces de vie communs (cuisine thérapeutique, salons de proximité) et des logements privés que chacun peut personnaliser avec ses meubles. L'objectif est clair : invisibiliser le soin pour ne pas réduire les personnes à leurs maladies ou leurs déficits.
Sortir du travail sériel : Une organisation flexible et décloisonnée
L'un des défis majeurs relevés par l'EHPAD Aliénor d'Aquitaine est de sortir du "travail sériel", cette organisation linéaire et répétitive qui ne convient pas aux personnes de grand âge. Pour cela, la maisonnée s'appuie sur une équipe pluridisciplinaire.
Concrètement, cela signifie que :
- Un certain degré de polyvalence est de mise : Les aides-soignantes (AS), auxiliaires de vie (AVS), agents de service hôtelier (ASH) et infirmières (IDE) travaillent en synergie.
- Le management par la discussion : Les décisions sont prises collectivement lors de relèves et de réunions d'équipe régulières, permettant d'ajuster l'accompagnement aux besoins réels et changeants des résidents.
L'animation par tous et pour tous
Dans cette nouvelle organisation, l'animation n'est plus une activité isolée, mais une philosophie quotidienne. Chaque professionnel, quelle que soit sa fonction, est un facilitateur de vie sociale. Chaque agent par maisonnée dispose de temps disponible pour proposer une sortie, un loisir partagé, un temps d'échange. Des activités dédiées à des personnes ayant des besoins plus spécifiques (PASA) ou un accompagnement renforcé de personnes en situation de handicap (UPHV) sont également prévues. Sans oublier l’aide de bénévoles pour le Bistrot d’Aliénor qui ouvrira bientôt et pour lequel nous avons déjà reçu plusieurs propositions de participation.
Cette dynamique est soutenue par des approches non médicamenteuses innovantes dont nous parlerons dans un prochain dossier.

Une organisation évolutive au service du libre choix
La maisonnée est une structure évolutive qui s'adapte aux nouvelles exigences de soin, comme l'augmentation de la dépendance ou les besoins spécifiques liés aux maladies neuro dégénératives. Elle garantit le libre choix du résident (rythme de lever, menus, activités), considérant que la liberté de prendre des risques fait partie intégrante de la dignité.
Pour y parvenir, chaque maisonnée s'appuie sur une équipe pluridisciplinaire animée par un binôme innovant : la Maîtresse de maison et l'AS coordinatrice (AS co).
Le Tandem Maîtresse de Maison / AS co : Les piliers du quotidien
Dans cette nouvelle organisation, la hiérarchie rigide s'efface au profit d'un management de proximité et de discussion. Le duo Maîtresse de maison/AS co incarne cette complémentarité entre la logistique de vie et la qualité des soins.
La Maîtresse de maison : La gardienne de l'esprit "foyer".
Véritable cheville ouvrière de l'approche domiciliaire, elle a pour mission de rompre l’isolement et de favoriser le lien social. Elle ne se contente pas d'offrir une présence chaleureuse ; elle est la référente logistique de la maisonnée. Elle coordonne l'entretien des locaux, le circuit du linge, la restauration et l'accompagnement des résidents, tout en veillant à ce que le cadre de vie soit agréable et sécurisant. Elle sert de relais terrain indispensable entre l'équipe et l'AS co.
L'AS coordinatrice (AS co) : Le coach de terrain.
Elle n'est pas une supérieure hiérarchique, mais un pilier opérationnel. Son rôle est de faciliter la communication, de stimuler l'autonomie collective de l'équipe et de transformer les décisions institutionnelles en actions concrètes pour le bien-être des habitants. Elle assure le suivi de la qualité des soins et du cadre de vie.
AS, AVS, ASH et IDE : Une synergie pour l'autonomie
Au cœur de la maisonnée, les Aides-Soignantes (AS), les Auxiliaires de Vie Sociale (AVS), les Agents de Service Hôtelier (ASH) et les Infirmières Diplômées d'Etat (IDE) travaillent main dans la main, sans être enfermés dans des tâches figées par secteur.
> L'AS : Le soin global. L'AS réalise des soins de prévention et de maintien, mais son rôle va bien au-delà du nursing. Il/Elle travaille avec des approches non médicamenteuses pour préserver l’autonomie du résident et veiller à son confort moral. Dans la maisonnée, l’AS elle prend le temps nécessaire (20 minutes en moyenne) pour que le soin soit discret et respectueux du rythme de chacun.
> L’AVS : La facilitatrice de vie. Aussi appelée agent d’accompagnement, l'AVS assiste les résidents dans les gestes de la vie quotidienne et les loisirs. Elle apporte un soutien psychologique et physique pour permettre à chacun de maintenir ou développer une vie sociale riche. Elle intervient sur des plages horaires étendues (de 7h à 21h15) pour s'adapter aux envies des habitants, comme un petit-déjeuner tardif ou une activité imprévue.
> L’ASH : Le lien de proximité. Elle participe à la vie quotidienne de la maisonnée en assurant l’entretien des espaces et le confort des résidents. Elle soutient l’aide-soignant et l’auxiliaire de vie sociale dans les gestes du quotidien pour préserver l’autonomie et le bien-être. Présente dans les moments de vie partagée, elle contribue à créer une ambiance chaleureuse et familière. Par son écoute et sa polyvalence, elle renforce la cohésion de l’équipe et le lien de proximité avec chaque résident.
Pourquoi cette organisation change-t-elle tout ?
En sortant du travail sériel, l'EHPAD permet aux professionnels de ne plus « faire à la place de », mais d’ « accompagner à faire ». Le soin se renforce du « prendre soin ».
- Flexibilité et Intelligence Collective : Les décisions sont prises ensemble lors de réunions d'équipe bimensuelles, permettant d'ajuster l'accompagnement aux besoins réels.
- Invisibilisation du soin : Le personnel peut travailler en tenant en compte des envies de la personne, de son rythme, de ses choix et habitudes, pour renforcer le sentiment d'être "chez soi".
- Libre choix garanti : Que ce soit pour l'heure du lever ou la participation possible à la mise du couvert, l'organisation flexible respecte la liberté de choix et de prendre des risques, piliers de la dignité humaine.
Bref, à l’EHPAD Aliénor d’Aquitaine, la maisonnée n'est plus une seule unité de soins, mais un lieu d’envies où chaque professionnel est un maillon d'une chaîne de bienveillance au service de la Vie. En misant sur une intelligence collective et une organisation souple, l'établissement ne se contente plus de soigner : il offre un lieu où chaque résident peut continuer à vivre pleinement et dignement chaque étape de son existence. Ce changement de perspective et donc d’habitudes demande du temps d’harmonisation, mais des exemples d'EHPAD nous ont donné envie d'avancer dans cette direction pour proposer à nos aînés un cadre encore plus humain et plus adapté au grand âge.



